Le Groupe d'Histoire travail et santée (G.H.T.S) Le Groupe d'Histoire travail et santée (G.H.T.S)

Colloque international
"La construction sociale
de l’inaptitude au travail"
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Logiques nationales, logiques disciplinaires et circulation des idées dans l’Europe du premier XXe siècle

Résumé de la communication d’Isabelle Moret Lespinet


Les publications et les conventions de l’O.I.T. permettent d’observer les logiques nationales, mais aussi les rencontres, quelquefois les confrontations en matière de législation, d’expérimentation, de prévoyance appliquées au travail. De nombreux domaines observés, débattus ou réglementés dans le cadre de l’O.I.T., comme le placement, l’orientation professionnelle, l’hygiène industrielle, le chômage font affleurer la catégorie d’ « inaptitude au travail ».
Dans l’entre-deux-guerres, cette catégorie est en construction; elle tarde à s’imposer dans le champs sémantique qui favorise encore les termes d’ »invalidité » ou d’ »incapacité ». Cette construction se fait au gré d’un contexte nouveau qui reformule des questions anciennes comme on peut le voir à propos des mutilés par rapport aux accidentés du travail. Dans le cas des invalides de guerre, la confrontation des choix nationaux montre un souci commun de réinsérer sur le marché du travail des hommes considérés comme partiellement inaptes, au prix de rééducation professionnelle ou d’appareillage. La notion d’inaptitude est définie très différemment selon les groupes de pays. Pour les uns, il s’agit d’un dommage physique, pour les autres d’une perte de capacité de gain professionnel. D’un côté cette inaptitude ouvre droit à l’assistance, de l’autre à la réparation. Dans tous les cas, cette inaptitude -paradoxalement -débouche sur le droit au travail.
La taylorisation grandissante et parallèlement le développement de la psychologie appliquée au travail débouchent sur la question de l’orientation professionnelle et du placement rationalisé. Cette double démarche implique une classification des professions et des profils de travailleurs, en même temps que chaque sujet doit être décomposé en aptitudes et inaptitudes, en fonction du travail demandé et de l’état du marché du travail. Interviennent alors des psychologues, des médecins, des ergonomes qui vont dresser des diagnostics et des pronostics sur les aptitudes et inaptitudes professionnelles, toujours dans l’objectif d’évincer le moins possible de travailleurs et de rentabiliser au mieux leur travail. Les convergences scientifiques, à l’intérieur des disciplines, semblent patentes, permettant ainsi l’élaboration d’une vulgate supra nationale. Synthèse d’autant plus accessible qu’elle reste au niveau des échanges scientifiques, qu’elle entérine des officines déjà existantes et ne remet pas en question le système de protection sociale ou de réglementation du travail des différents pays.
L’étude et la mise en place de conventions internationales sur des maladies professionnelles, des accidents du travail contribuent également à la définition de l’aptitude et de l’inaptitude. Dans ces cas de figure, il s’agit encore de définir des degrés d’incapacité qui débouchent sur l’assistance ou la réparation (avec des oppositions nationales fortes). La recherche de définition de l’inaptitude conduit à évoquer les prédispositions individuelles ou les risques du métier. L’inaptitude est alors considérée comme une conséquence du processus de travail et la question de l’avenir des évincés du marché du travail commence à se poser.
L’étude de l’inaptitude à travers les publications du BIT met en lumière l’internationalisme qui prévaut dans la circulation des idées, des expériences et combien un savoir scientifique se met à disposition de l’organisation du travail. L’O.I.T., même s’il laisse entrevoir les oppositions nationales, est avant tout le lieu du consensus. L’inaptitude surgit de ces études, de ces conventions, le plus souvent pour guider la réintégration au marché du travail.

 

 


 



 





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